Poème

L'art d'être grand-père

                On ne comprend pas plus l'homme que la nature ;
                Tous deux ont des abîmes au fond desquels on voit,
                Lorsque dans leur silence on les questionne,
                On aperçoit quelquefois des lueurs pâles et sombres.

                C'est alors que l'on sent qu'on n'est qu'un pauvre homme,
                Que notre intelligence est bornée, et que rien
                N'égalera jamais la profondeur du sort.
                Énigme que le grand-père entrevoit sans comprendre.

                Il est doux d'aspirer au jour où l'homme pourra,
                Devant l'universel et serein infini,
                S'envoler, rayonner, s'élever, se complaire.
                Enfant, je veux rêver d'un monde de clarté.

                Ce sera, je le crois, aux cieux, le grand réveil,
                Où l'homme enfin dira : " Je comprends. O merveille! "
                Et son front couronné, radieux et splendide,
                Resplendira plus beau qu'un astre dans la nuit.
            

Photo de Victor Hugo