Poème

L'Albatros

                Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
                Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
                Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
                Le navire glissant sur les gouffres amers.

                À peine les ont-ils déposés sur les planches,
                Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
                Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
                Comme des avirons traîner à côté d'eux.

                Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
                Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
                L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
                L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

                Le Poète est semblable au prince des nuées
                Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
                Exilé sur le sol au milieu des huées,
                Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
            

Photo d'un albatros